Le Blog - Les Bases 

 

 

Je t'aime

 

Je t'aime.

Ces trois mots me mettent à nu devant toi. Ils te parlent à la fois de mon passé, de mon présent. De mes rêves.

 

« Je t’aime » devrait toujours être lumineux, léger comme la plume d’un oiseau, calmant comme le bruit de la pluie qui goutte des feuilles. Il est soleil. Il est chaleur. Il est la tendre caresse de ta main sur ma peau, le picotement glacial sur mes joues un matin blanc. Il est à la fois tout et rien. Simple et compliqué.

 

Mon « je t’aime » ricoche contre ton indifférence. Tes yeux se sont posés sur le mur derrière moi.

 

Tu ne réponds rien. Prononcer cette petite phrase à voix haute risquerait-il de te briser en forçant la porte secrète de ton âme ?

 

Un gouffre s’ouvre à l’intérieur de moi. J‘ai soudain peur que tu me quittes, que tu m’oublies, que tu ne m’aimes plus. Pourquoi tu ne me regardes pas ?

 

Lorsqu’enfin ils sortent de ta bouche, les mots perdent leur sens, comme si tu disais simplement « passe-moi le pain ».

 

Je sais que mon « Je t’aime » devrait me combler moi-même avant de te combler toi. Que je devrais m’aimer assez pour t’aimer mieux. Tu dis parfois sur le ton de la plaisanterie que l’amour est un petit galet pour les ricochets, pas un boomerang. Je crois qu’en fait tu es sérieux. Tu déteste que j’en attende trop de toi.

Pourtant, c’est un cadeau que je te fais, un petit bout de moi. Mais peut-être qu’un cadeau ne devrait pas me déchirer les entrailles. Soudain, je doute. De moi, de ma propre valeur, du pourquoi j’ai besoin de te l’entendre dire. J’ai parfois l’impression de te crier : « aime-moi ! », alors que mes lèvres articulent l’inverse. J’essaye de me convaincre que tu rempliras ce vide en moi, comme si je ne pouvais m’aimer que devant le miroir réfléchissant de toi.

 

Jean-Jacques Goldman le chantait déjà : « il y a des ombres dans « je t’aime », pas que de l’amour pas que ça… ».

Ces ombres, ce sont mes blessures. Parfois, j’ai l’impression de les toucher du doigt, mais elles m’échappent, se faufilent, se cachent dans les tréfonds de mon être où elles savent que je ne peux pas les débusquer. Elles ressurgissent au moment où je m’y attends le moins. Comme maintenant.

 

Ma gorge se gonfle. Mes yeux s’humidifient.

 

La peur m’envahit pendant que tu souris. Je vois des images dans ma tête, des images de moi enfant, seule dans un berceau alors que la nuit m’enveloppe.

 

Les larmes lavent à présent mes joues. Je n’ai plus la force de les retenir.

 

Tu demandes pourquoi je pleure. Tu te fâches. La frustration m’ébranle comme un tsunami. J’opte pour la fuite. Je préfère ne plus te regarder.

 

Je me retiens au dernier moment de claquer la porte de la chambre.

 

Tu ne comprendrais pas si je t’expliquais. Tu ne comprendrais pas pourquoi j’ai mal, pourquoi je souffre. Pourquoi tu comprendrais ? On dirait qu’on m’oblige à être heureuse, en m’offrant une vie rêvée. Une vie merveilleuse sur le papier, mais dans laquelle je ne vois que des failles. Oh, tu es pareil que moi, seul mon apparent bonheur soulage tes inquiétudes. Alors parfois je simule des sourires, la joie, mais là je ne peux pas.

 

Sur le sol de la chambre, Je serre les poings et mes ongles labourent mes paumes. Je laisse la colère me traverser librement. Elle pousse les parois de mon cœur, elle vibre, elle hurle, puis soudain elle se tait. Le calme revient d’un coup à l’intérieur de moi. J’en frissonne.

La crise est passée. J’ai écouté l’émotion, je l’ai pleinement acceptée. Elle ne m’a pas contrôlé. Je n’ai pas explosé devant toi, je n’ai pas exigé, je ne t’ai pas fait payer ma frustration. Mes lèvres s’étirent dans un sourire. Cette fois, je sors victorieuse. Ce voile sur mon âme ne reviendra pas. Je sais qu’il en a d’autres, mais je suis forte, je les aurais un à un.

 

Je te cherche dans l’appartement. Tu es là où je t’ai laissé, dans la cuisine. Tu me tournes le dos. J’entoure ta taille de mes bras, je me fonds entre tes omoplates.

 

Je t’aime.

Cette fois, les mots sonnent vrai. Ils résonnent dans ma cage thoracique, me font vibrer comme l’archet d’un violon. Tes mains agrippent les miennes, tu les presses avec une telle force que j’ai l’impression que tu vas les broyer. C’est ta réponse, « Moi aussi ».

Clair comme de l’eau de roche.

 

Tout à coup, j’ai l’impression d’entendre tes déclarations partout dans ma tête : « Rentre ce midi, je ferais à déjeuner » / « je t’aime » ; « « tu avais oublié ton parapluie » / « je t’aime » ; « J’ai pris des billets pour cette pièce que tu voulais voir » / « je t’aime ».

 

« Tu dis l’amour a son langage, pour moi les mots ne servent à rien… » Jean-Jacques fredonne dans ma tête.

 

Je ne sens plus mes jambes, mes pieds ne touchent plus terre. Nous lévitons entre l’évier et la table sale du déjeuner. Encore enlacés, nous touchons le plafond. Ce ne sont pas les murs qui nous arrêteront, nous sommes en route vers la lune, le soleil, peut-être même la voie lactée.

 

 

Lily Blue

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